dimanche 10 avril 2011

Les médicaments non-utilisés sont désormais incinérés, un moindre mal






Tout le monde a entendu parler de Cyclamed. A grands renforts d’affiches, de publicités, les Français étaient conviés, depuis 1994, à rapporter les médicaments non-utilisés ou périmés à leurs pharmaciens. Ces derniers devaient les trier pour, soit les envoyer à l’incinération, soit les remettre à des organismes chargés de les distribuer à des ONG installés dans les pays sous-développés. Croyant faire preuve de générosité et voulant protéger l’environnement, une grande partie des Français avaient intégré ce concept humanitaire en se précipitant chez leurs pharmaciens au lieu de jeter leurs boites de médicaments à la poubelle, geste très nocif pour l’environnement. Cyclamed faisait donc rimer humanitaire et écologie !

Qui pouvait contester un tel concept ?

A priori personne. Sauf que les choses ne se sont pas passées comme prévu. D’abord, certains pharmaciens, peu scrupuleux, ont eu la merveilleuse idée de revendre les médicaments rapportés par les Français. La fraude a d’ailleurs fait grand bruit et a soulevé un tollé général, en 2005. Ensuite, la même année, l’Inspection Général des Affaires Sociales (IGAS) a mis en avant des lacunes dans la distribution des médicaments recyclés dans les pays du Tiers-Monde : un grand nombre d’entre eux étaient inadaptés pour ces pays, beaucoup arrivaient en mauvais état et, pour couronner le tout, ils étaient souvent périmés ! Une série de lacunes qui pouvait avoir des conséquences graves sur ces populations pauvres.

Finalement, le système Cyclamed n’était pas aussi efficace que cela. Il a été obligé d’évoluer. Les pouvoirs publics s’en sont chargés. Dorénavant, suite à l’arrêté du 3 mars 2009 pris par le Ministère de l’Environnement, Cyclamed ne peut plus redistribuer les médicaments non-utilisés. Il peut seulement les faire incinérer dans des incinérateurs qui respectent les normes environnementales ou qui servent à produire de l’énergie. Cyclamed est désormais contrôlé et doit présenter des rapports réguliers justifiant de son activité.



L’incinération des médicaments est devenue le moindre mal. Elle est préférable à la mise à la poubelle dans la mesure où les médicaments non-utilisés pourraient se retrouver enfouies dans des décharges et contaminer le sol et les nappes phréatiques. Et, comme les Français sont parmi les plus grands consommateurs de médicaments au monde, le risque est énorme de dégrader l’environnement.

Toutefois, l’incinération ne résoudra pas tout. En effet, tous les médicaments non-utilisés et périmés ne sont pas rapportés dans les pharmacies. D’ailleurs, même si c’était le cas, un problème subsisterait encore : par nos déjections et notre urine, une bonne partie des médicaments que nous ingérons se retrouvent, au final, dans l’environnement et contaminent les cours d’eau. L’Afssa a tiré la sonnette d’alarme et a organisé un colloque le 1er octobre 2008 sur les résidus de médicaments dans l’eau. Ce colloque a mis en avant la gravité du problème. Cependant, il semble que des études scientifiques doivent être mises en œuvre pour évaluer plus précisément les risques sur l’environnement et sur l’homme. Toutefois, si l’Afssa s’en est mêlé et si les résidus des médicaments dans l’eau sont devenus un problème de santé publique, il paraît évident que leur impact sur la faune, la flore et l’homme est loin d’être anodin.

Malheureusement, les solutions pour contrecarrer ce phénomène semblent peu nombreuses. Une seule existe : ne plus consommer de médicaments. Mais, sommes-nous prêts à le faire et pouvons-nous le faire ? Cela semble difficile, voire utopiste. Peut-être qu’une simple réduction de la consommation est faisable, mais résoudra-t-elle le problème déjà bien inquiétant et alarmiste ?

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